vendredi 18 novembre 2011

Aux sévices de Dieu [Nosfé]


1.
Il suffira d'un cygne...

Boire mon petit café du matin avec ça devant les yeux n'était certainement pas le truc le plus fun qui me soit arrivé.
A côté de moi, Jules non plus n'en menait pas large; son gobelet plastique était encore plein, et le jus de chaussette qu'il contenait devait avoir bien tiédi...
Revenant accompagné d'un adjoint au maire qu'on avait, à en voir ses cernes, cheveux et vêtements en bataille, vraisemblablement tiré du lit, le gardien avait retrouvé quelques couleurs. Le vieil homme avait déjà dû en voir des vertes et des pas mûres, mais je ne doutais pas un instant du choc que ça pouvait être pour lui. Après les salutations d'usage, et comme d'un commun accord, nous nous tournâmes tous les quatre, silencieux, le nez dans le grillage, à contempler le charnier.
Éventrés, découpés en morceaux épars et dépecés, baignant dans un mélange de boue et de sang ou flottant dans les eaux rougies de leur petite mare, la demi-douzaine de cygnes du parc municipal étaient là, face à nous, en pièces détachées.
L'adjoint au maire, fidèle à son rôle de politicard, sortit une banalité.
- Quel genre de malade peut bien faire une chose pareille ?
J'avais bien envie de lui sortir une petite vanne, mais j'avais eu des remontrances peu de temps avant, m'indiquant qu'il fallait que je fasse pédale douce sur les sarcasmes. Je me tus donc.
Le vieux gardien avait la lèvre qui tremblait sous sa moustache grisonnante et les yeux bien humides. Il murmura quelques mots, Jules lui demanda pardon, et il répéta, plus fort :
- Je crois qu'il en manque un.

samedi 5 novembre 2011

Une crèche de Noël - Extended Cut [Herr Mad Doktor]


1

Monsaigneur l’évêque Sassott était dans tous ses états : il lui manquait une Vierge à l’Enfant et un Christ sur sa croix pour la Traditionnelle Crèche Vivante de Noël. Or pour son humble paroisse il s’agissait de l’évènement de l’année, attirant un nombre record de fidèles... Impossible d’offrir une Crèche au rabais, sous peine de voir ses ouailles déserter la Cathédrale au profit de la Mosquée d’En Face. Avec leurs spectacles son & lumière explosifs (bim ! bam ! BOUM !), les Musulmans faisaient partie des chouchous du grand public. Poudre aux yeux ! se lamenta l’évêque. Aux déluges d’effets pyrotechniques, lui préférait l’authentique simplicité des saintes écritures, respectées à la lettre par de pieux interprètes. La voie du salut se trouve dans le dénuement, non dans le strass et les paillettes. Cela était bel et bon, mais ça ne lui donnait pas pour autant la solution à son épineux problème…

vendredi 4 novembre 2011

Au cinquième jour [Corvis et Martin Lopez)


       Cinquième jour.
On était douze au départ, nous ne sommes plus que cinq. Les seules munitions qui nous restent serviront à nous suicider. Les barricades ne tiendront plus longtemps. J’essaie de regarder en arrière, de repenser à toute cette histoire depuis le départ, mais je n’y arrive vraiment pas. Et comme il n’y a plus de futur vers lequel se tourner… Ma tête est vide. Mon arme aussi. Mon cœur également, je ne ressens plus aucune émotion. Je n’ai plus peur, je n’ai plus de colère en moi. Je suis aussi vide que les créatures qui nous attendent dehors. Je veux juste que ça finisse.    

Sens Dessous [Dark Knight 59]

SENS DESSOUS
Ou le jour où Dieu dit : que les ténèbres soient.


Il est difficile de voir son propre reflet dans un écran d’ordinateur lorsque ce dernier est en veille et qu’il n’y a plus de lumière. Au bout d’un certain temps, les yeux s’habituent à l’obscurité, mais à plus de cent mètres en dessous du sol, les ténèbres restent si présentes que l’on préfère garder les yeux fermés, comme un petit enfant fuyant l’obscurité nocturne de sa chambre en se pelotonnant sous ses couvertures, bien à l’abri du dévoreur de pieds présent sous le lit chaque nuit. Cela permet de développer légèrement ses autres sens. Adonnez-vous à cet exercice. Pendant quelques instants, fermez les yeux et amusez-vous à sentir votre odorat et votre ouïe devenir plus sensibles au monde. 

jeudi 3 novembre 2011

Pourquoi il faut consciencieusement nettoyer les toilettes après usage [Herr Mad Doktor]


            Il était une fois, en des temps troublés, un juge à la sévérité sans pareille…

A l’issue d’un procès qui avait défrayé la chronique, le jury condamna à l’unanimité M. Walter Colza, dit L’Abomination des Cabinets de Westwood, à la peine capitale ; il n’avait pas tiré la chasse.  
« Et vous pouvez vous estimer heureux ! le sermonna le Juge O’Balley. En regard de ce crime barbare, je trouve la sentence plutôt clémente. La pauvre femme qui a eu la malchance de découvrir les fruits de votre forfait perfide demeurera constipée pour le restant de ses jours ; quant au lieu du crime, le très chic immeuble Westwood, il a dû être entièrement détruit pour des raisons sanitaires. Par votre faute, trente honnêtes employés se retrouvent au chômage technique. Puissiez-vous vivre avec cela sur la conscience… A mon sens, un tel outrage aurait mérité une séance de torture à l’ancienne, avec tisonnier chauffé à blanc et supplice de la roue. Mais vous avez de la chance : ce matin, je suis allé à la selle. »
Les gendarmes emmenèrent le condamné, abasourdi.
« Accusé suivant ! » hurla le Juge O’Balley, en martelant frénétiquement son pupitre.

Monsieur Léonard et le Ca(ca)pitalisme [Herr Mad Doktor]


Il était une fois, au 23ème étage d’un HLM de Province, un inventeur en herbe appelé M. Léonard, dont la dernière et formidable trouvaille promettait de rapporter un maximum de pépettes…  
Ce n’était pas tous les jours que l’on découvrait un moyen de propulsion révolutionnaire! Ecologique par nature, inépuisable, gratuit, son moteur new-age avait tout pour conquérir le monde. Les rois du pétrole dans leurs palais d’Orient n’avaient qu’à bien se tenir : sa Caca-Mobile© était sur le point de casser la baraque ! Certes, quelques menus détails restaient à régler, mais les grandes lignes de son projet étaient toutes tracées...

Le Secret des elfes [Herr Mad Doktor]


            Il était une fois, dans le lointain et méconnu Royaume du Rek’Thüm, un elfe qui faisait caca. Tout du moins, qui essayait… Parce qu’elle était bien gentille, Mère Nature, d’avoir filé à son peuple le don de Communication Universelle, mais franchement, sans vouloir la vexer, ça ne facilitait franchement pas l’intimité.
« Un don, un don, maugréa l’intéressé en bouchant vainement ses oreilles pointues, une saleté de fléau, ouais ! »   
A son corps défendant, l’elfe Sylvain (c’était là son petit nom) comprenait en effet le doux chant des oiseaux, le dur langage des pierres, et même le vert parler des mauvaises herbes. Du matin au soir, leurs voix imbéciles s’infiltraient impudemment dans sa caboche, et vous savez quoi ? Tous autant qu’ils étaient, les enfants de Mère Nature se fendaient la poire : « L’elfe fait popo ! l’elfe fait popo ! », voilà ce qu’ils chantonnaient à tue-tête. Difficile, dans ces conditions, de trouver un coin où déposer tranquillement ses petites affaires…

mercredi 2 novembre 2011

Session 3 : Zoo & Mythologie réactualisée --> 04/12/2011

La Session 3 aura donc pour thème Zoo & Mythologie réactualisée.


Devenez les nouveaux James Joyce, Neil Gaiman, Haruki Murakami ou Mary Shelley, et insérez un mythe (antique, amérindien, hindou, chrétien, arabe...) dans un contexte moderne.

Cette fois-ci, il est obligatoire d'utiliser les 2 thèmes dans la nouvelle : le Zoo, qu'il soit de Vincennes ou du fin fond de la Galaxie, doit donc faire partie intégrante de votre histoire.

La date limite de participation est fixée au Dimanche 4 décembre, minuit.

Que les Dieux soient avec vous!

lundi 31 octobre 2011

Session 2 : Day of the Tentacle

A l'issue d'un scrutin qui a déchaîné les passions, les madnautes ont élu leurs 3 nouvelles favorites...

L'heure de la remise des prestigieuses récompenses est donc arrivée! 


Le Tentacule d'Or revient à Mathlamenace pour



Le Tentacule d'Argent est décerné à Corvis pour



Et le Tentacule de Bronze va à Roboris45 pour

Félicitations aux vainqueurs et merci à Corvis, designer des Tentacules!

dimanche 16 octobre 2011

Le baiser de la méduse [Roboris45]


            « Aïe ! »
Une perle de sang apparut sur l'index de sa main gauche.
« Tu savais qu'on pouvait se couper avec un épluche-légume ?
- Quelle idée aussi de vouloir peler des tomates !
- Tu as vu la taille des tomates ? Je ne crois pas que la peau fonde à la cuisson...
- C'est ton cerveau qui est fondu !  »
Paul prit le ton de Bourriquet l'âne dépressif et maugréa :
« Merci d'avoir remarqué ! »
Il contempla l’épluche-légume, d’une taille bien supérieure à la norme, la lame branlante mais redoutablement affutée. Un ustensile d’un cachet certain, tout comme cette cuisine, tout comme cette maison de vacances que des amis leur avaient confiée.
Des vacances salvatrices après une période difficile.
Après une série de projets personnels non concrétisés, Paul avait déniché un job d’intervalliste sur la série animée « Winnie l’ourson ». Au bout d’un mois, il se rongeait la peau jusqu’au sang entre le pouce et l’index, penché sur sa table lumineuse pivotante. Le troisième mois, il introduisait son petit doigt dans le taille-crayon électrique collectif. Une manière comme une autre de jeter l’éponge… et de gagner un billet d’entrée pour un séjour en hôpital psychiatrique.    
Le défilé permanent de zombis médicamentés dans les couloirs blafards, la chambre exiguë aux barreaux à la fenêtre dans laquelle le temps se dilatait… quant aux repas, un patient avait surpris le « cuisinier » en train d’uriner dans une boîte de conserve géante. Une certaine idée de l’Enfer. Ce qui ne l’avait pas empêché de rechuter quelques mois plus tard après sa sortie.
La voix de sa femme l’extirpa de ses pensées :
            « Alors, ces tomates ? »

La Fiancée du Monstre [Tingle]


Il était environ onze heures du soir quand ils repêchèrent le gamin. Par une nuit d’orage semblable à celle du film en noir et blanc que diffusait mon poste de télé quand ils me passèrent les menottes, une demi-heure plus tard. Il ne manquait que les torches et les fourches pour compléter la scène qui se jouait, preuve indiscutable que nous vivons dans un monde civilisé. J’étais coupable, évidemment. Même sans témoin, j’étais coupable. S’ils avaient pu, ils m’auraient pendu sans autre forme de procès, des années avant la disparition du petit. Quand on m’emmena, ils étaient là, agglutinés sur ma pelouse, leurs regards haineux aussi brûlants que des torches et les insanités murmurées tranchantes comme des fourches. Civilisés. Pourtant, je suis innocent. Tout le monde ici prétend l'être, mais tout le monde ne va pas finir avec une dose mortelle de poison dans le corps d’ici quelques jours. C’en est fini de moi, je n’ai aucune raison de mentir. Et je le répète, je n’ai pas tué le môme.

Je ne sais même pas pourquoi j’écris ces quelques lignes. Peut-être que j’espère qu’un journal dominical, un tabloïd de supermarché, intercale mes dernières confessions entre « L’histoire vraie de la femme qui digéra son fœtus » et celle de « L’homme aux mille cancers ». Mais étant donné ce que je m’apprête à raconter, je doute que le pire des torchons m’accepte dans son sommaire. Cette lettre finira sans doute dans la corbeille de l’agent d'entretien qui nettoiera ma cellule après mon départ, direction l’incinérateur. Comme moi. Je refuse d’être enterré, je veux quitter cette terre une bonne fois pour toute. Et je m’en irai avec dignité, sans pleurer, sans hurler d’attendre le coup de fil du sénateur, je ne connais même pas son nom et je doute que lui connaisse le mien. Ma confession au prêtre se résumera à un long silence. Je suis serein, bien que je me sente le besoin de révéler la vérité sur cette nuit-là, afin d'être intégralement en paix avec moi-même. L’honnêteté est un de mes principes fondamentaux, c’est pour cela que je tiens tant à clamer mon innocence. Et si à la suite de  cette lecture, vous, potentiel lecteur, considérez que je ne suis pas le monstre que l’on décrit, alors mon existence n’aura pas été vaine. Pour vous prouver mon honnêteté, je n’ai aucune honte à dire que la seule chose que je regretterai, ce sont les enfants.

samedi 15 octobre 2011

L'escabeau de Jacob [Wolvie]



             Comment le dire de manière claire et sans ambiguïtés ? Le jour où je reçus le SMS d'Anna dont le contenu – 3 petits mots et votre vie s'écroule – disait sans ambages : « je te quitte », je touchai le fond. Désemparé, d’autant que je ne pouvais la joindre – j’ignorais où elle était et quand je l’appelais, je tombais inexorablement sur sa messagerie – je finis par sombrer sous l'effet de l’alcool dans une sorte d’état second. Allongé en slip sur le canapé couleur aubergine – elle adorait cette couleur, je la détestais, déjà un signe, non ? – mon esprit se mit à divaguer. Oh, rien d’exceptionnel. Des fragments de moments heureux, des éclairs de colère, des images d'étreintes passionnées. Mais, au bout d'un moment, le whisky fit son effet et je fus absorbé par un grand trou noir sans rêves. Jusqu’à ce qu’un bruit difficile à identifier – surtout avec la tête en compote – m’en sortit. Tout d’abord je mis cela sur le compte d’une fuite. Habitant sous les toits dans un appartement mansardé, il s’était déjà produit ce genre d’incident. Mais plus j’émergeais – putain de cervelle, on aimerait tant parfois ne pas avoir à penser –, plus l’origine du bruit semblait indistincte et curieuse de ce fait. Péniblement, sur un rythme d’escargot ayant abusé de son bon vin de Bourgogne, je fis le tour de l’appartement. Soit un salon, une cuisine, une chambre et une salle de bain. Rapide quoi malgré ma lenteur. Mais rien à faire. Le bruit allait même en s’intensifiant et ce, sans cause visible. J’ouvris les Velux, me trempai la gueule sous la pluie battante – rien à fiche de toute façon – mais hormis deux trois pigeons qui ratèrent leur cible – soit ma tête – en déféquant, je ne vis rien d'inhabituel. De retour allongé sur le canapé. Toujours cette couleur à gerber. D’ailleurs je gerbai. Le carrelage gris prit une teinte orange. A nouveau le trou noir. Trente minutes plus tard, le crâne en feu, j’ouvrais avec quelques difficultés un œil. Le bruit était toujours là. De nouveau le tour de l’appartement. De nouveau les pigeons. Rien d’inhabituel. Bref, excepté ce bruit, et mon mal de crâne, ah et la dépression qui semblait me guetter, tout allait bien.

vendredi 14 octobre 2011

Jeffrey [Dark Knight59]


Journal du docteur Cheryl Garland - 16 juin.

Je repense beaucoup à Adam depuis ce matin. Jamais je n’avais rencontré un petit garçon comme lui. Au cours de ma carrière, j’ai eu affaire à de nombreux cas complexes, comme la jeune Karen, il y a huit ans de cela. L’un des plus intéressants cas de délire paranoïaque que j’aie rencontré. La fillette était persuadée que les chats étaient des êtres dotés d’un pouvoir de jugement aussi puissant que le bon Dieu lui-même. Elle me répétait sans cesse que si son Wolfgang (un Chausie tout ce qu’il y avait de plus banal) la regardait de ses grands yeux verts, c’est qu’il cherchait à épier la moindre erreur de comportement, et qu’à la plus petite incartade, elle serait envoyée directement en enfer. Elle avait donc tué un nombre incroyable de chats, le sien y compris, et n’avait éprouvé aucun remord. D’après elle (et cette phrase me restera gravée en tête pour le restant de mes jours), « La nuit, tous les chats sont morts. » Et ce n’est pas tant la phrase qui m’avait marquée, mais plutôt son regard, et la folie que j’y ai perçue. La petite était déjà perdue dans son délire depuis longtemps. La ramener sur les sentiers de la raison était déjà une cause perdue d’avance. Au moins, je sais que désormais elle coule des jours plus tranquilles dans notre bon vieux Bellevue Hospital Center. Vais-je devoir recourir aux mêmes mesures de sécurité concernant Adam ? Je le crains fort. Karen semblerait presque saine d’esprit à côté de lui…


samedi 8 octobre 2011

Une ficelle rose [Cixi]

Encore un matin…. Sans raison de se lever la vie paraît si fade. Le visage collé à la vitre, je suis assis là, dans ce bus qui me mène au travail. Sans aucune motivation, je m'apprête à effectuer des tâches répétitives et sans vraiment m'intéresser à la vie de l'entreprise, le seul objectif est d'avoir de quoi payer mon loyer.

Le brouillard se lève, et mes yeux encore fatigués de ma courte nuit s'entrouvrent à peine. Je suis las de cette routine, toujours le même trajet, toujours croiser les mêmes personnes, allant jusqu'à prendre instinctivement la même place assise tous les jours. Je regarde dehors, les mêmes vitrines, les mêmes habitués, tout est si semblable à la veille. Ce matin, le regard dans le vague se pose sur de longs cheveux blonds juste attachés avec une ficelle rose. Mon cœur se met à palpiter sans raison. Plus ce bus nous approche de cette femme qui marche dans la rue, plus mon cœur s'emballe. Je sais que c'est elle, ce ne peut être qu'elle. Attendre de passer à sa hauteur pour l'interpeller me paraît être le moment le plus long de ma vie. Mon cœur semble me lâcher quand je la vois prendre une ruelle. D'un bond, je saute de mon siège laissant mes affaires, et hurle au conducteur de stopper. Je descends sans prendre le temps de le remercier et cours dans cette rue bondée où elle vient de s'engouffrer. Mais elle a déjà disparu au milieu de la foule. Je scrute tous ces travailleurs qui vont au boulot la tête baissée, je l'aperçois à quelques pas devant moi. J'accélère et tente de me faufiler dans la masse, bousculant quelques personnes sur mon passage. J'arrive enfin à sa hauteur mais elle a disparu de nouveau, je m'appuie sur le réverbère, j'ai une douleur à la poitrine de savoir qu'elle est en ville.

vendredi 23 septembre 2011

MANALI [Gallinacé Ardent]


MANALI

                                                                                  A Pierre Gascar.

Le soleil s’était levé très vite, se décollant de la petite montagne comme un œuf au plat gluant. Juste là, devant nous, à portée. Il suffisait de tendre la main pour caresser la surface onctueuse et brûlante de l’astre.
C’était la récompense d’une chevauchée de toute une nuit, en moto, pour atteindre Manali, petit bourg de l’Himachal Pradesh. Nous étions quelque part au milieu de 2005, et j’étais encore vivant.
Mohan Aggarwal Kumar, grand escogriffe, mon conducteur, mon ami, mon frère, ancien fou, fumait sa première cigarette de la journée, veillant à entretenir l’état pré-cancereux de ses gencives.

samedi 3 septembre 2011

Tremens [Corvis]


Tous morts. Tous emmenés dans les ténèbres par cette substance illicite.
Un patch noir à coller sur sa tempe. Des centaines d’aiguilles microscopiques qui pénètrent sous la peau. Et la drogue se diffuse dans le corps et le cerveau. 
D’où vient-elle ? Quelle est sa composition ?  Qui la crée et l’écoule ?
Le produit est trop récent, et sa propagation trop secrète et maîtrisée pour que l’on en connaisse les détails. L’ombre d’un soupçon tout au plus, et des rumeurs distillées aux médias. Une overdose psychique. Un excès de folie, peut-être, la faute en incombe au bien-être, au plaisir, à la jouissance terrifiante que procure cette mixture chimique. Une sorte de cauchemar orgasmique.

mercredi 31 août 2011

Le Buvec, éditeur Brecon [Paullux]


I

« En 1968, j'étais pour la sélection »
Pierre Le Buvec, éditeur


Cher Monsieur Le Buvec,

            Vous êtes un éditeur bonhomme et même affable au premier abord, et bien que nous différions à peu  près en tout, j'aimais à croire que ce stage  se déroulerait sous des cieux augustes. Mais Monsieur Le Buvec, si ce soir on me proposait d'oublier ce premier jour et d'arrêter les frais, je signerais sans hésiter.
            Car, il faut le dire, passer quatre heures de sa matinée à corriger les manuscrits d'auteurs mauvais comme des cochons, et arrogants de surcroît, ce n'est pas une vie. Oui, je pense à ce M. Benet, qui se veut littérateur, appelle ses nouvelles  « Romans », me serine pour une histoire de police 13 plutôt que 12, se pique d'une langue recherchée, début de siècle, mais creuse, ô creuse. Et puis, il faut bien avouer que ce que j'ai corrigé comme fautes ferait rougir les petits banlieusards que vous critiquez tant, Monsieur Le Buvec : je ne compte plus les accents circonflexes rajoutés sur les i ou la confusion systématique entre un imparfait et un passé simple. Mais ce M. Benet est un Proust à côté de vos journalistes avinés qui, cédant à tous les tics de langage, se rêvent les polémistes de demain en réhabilitant Maurice Papon ou en nous révélant les derniers potins de la CIA.       

mardi 30 août 2011

Cauchemars [Maniak]


Un bruit mou retentit dans le noir. La lumière verte d'une enseigne au néon baigne les murs de la chambre au travers de la fenêtre, et vient ramper jusque sur les draps humides. Les jambes entortillées dans les draps et la peau luisante de sueur, l'homme se redresse dans la pâle lueur. Tout autour de lui, l'obscurité. Seule sa respiration haletante vient troubler le silence. Ses yeux scrutent la nuit. L'oreille aux aguets, il tente de percevoir à nouveau le bruit qui l'a réveillé. Rien ne se passe. L'homme se recouche. Il tourne sur lui même, ce qui a pour effet d'emprisonner un peu plus ses jambes, bouge encore un peu, puis se rendort.

jeudi 25 août 2011

Terre et Mer [UnderConstruction]


   Du haut d’une falaise, une femme regardait un vieux bateau de pêche s’éloigner à l’horizon. Assise sur un rocher, sa longue chevelure rousse ondulant dans le vent, elle se tenait droite avec les bras croisés et le visage fermé.
   Quand le bateau disparut, elle se leva, tourna le dos à la mer et marcha vers la forêt sur le versant de la falaise. Le soleil se couchant, la pénombre s’installait au milieu des arbres. La douceur estivale et le parfum enivrant d’un soir d’été commençaient à envelopper le monde crépusculaire. Cependant, l’air marin dominait dans l’atmosphère et il attirait irrésistiblement la femme hors de la forêt.

vendredi 19 août 2011

London Calling [Etc]


« Je suis un peu pété. Je déambule dans Londres, ville que je déteste. Tout y est "trop". Les gens sont trop snobs, les prix sont trop élevés, la foule est trop grande, le ciel est trop couvert, les rues sont trop bruyantes. Et la conduite à gauche me laisse perplexe.
J’ai les jambes lourdes. J’ai fait les magasins tout l’aprèm, acheté une paire de tennis rétro' et jeté mes vieilles bottes dans une poubelle de restaurant. J'ai traîné dans les pubs.
Me voilà dans une allée chic, où circulent des poufs à la queue de cheval impeccable et aux fringues hors de prix. J’y croise un banc et m’y allonge avec soulagement. Je tourne un peu la tête, histoire de voir défiler les nanas. Un peu vaseux, je les imagine nues. Un jeu pour les braves, car qu’importe la donzelle, vous devez lui ôter les sappes. Mentalement. C'est pas toujours évident, surtout quand l’une d'elles fait sa sortie d'hospice. Elles défilent, et le temps avec elles.

lundi 15 août 2011

Session 2 : Tentacules & Hallucinations - Date limite de participation : 16/10/11

Petit changement de règlement pour cette 2ème session : chaque participant a le choix entre 2 thèmes. Libre à chacun d'en utiliser un seul ou de mélanger les deux dans ses écrits, selon son inspiration.

Tentacules & Hallucinations, tout un programme en perspective...
Au boulot, par Cthulhu!

Session 1 : and the winner is...

Une crèche de Noël (Il est nez le divin enfant), farce grand-guignol-grotesque (© Vivi) de Herr Mad Doktor.

On m'informe que le lauréat saute de partout en hurlant qu'il vit le plus beau jour de son existence...

Merci à tous les participants of course, ainsi qu'à tous les votants pour avoir pris le temps de lire nos humbles nouvelles. Rendez-vous pour la Session 2, à l'occasion de laquelle nos talentueux auteurs essaieront de se surpasser!

dimanche 7 août 2011

Monsieur l'Abbé [Corvis]

Au matin du premier jour, Monsieur l’Abbé regarda le ciel encore clairsemé d’étoiles, et déchiffrant dans les astres le sourire adressé par le Seigneur, il se dit qu’il avait bien fait.
La soirée d’hier avait été chargée de remises en questions diverses et douloureuses, mais la nuit avait porté conseil, et Dieu, un réconfort certain. Le Tout-Puissant l’avait créé à son image, lui plus encore que tous ces fils autoproclamés par les interprétations douteuses des Écrits Saints. Ses paroles et ses actes lui avaient toujours été dictés par Lui, et cela était juste. Douter aurait seulement prouvé qu’il fût indigne de rester son représentant et son dévot le plus fidèle.

samedi 6 août 2011

A genoux [Wolvie]

                  Je crois que lorsque cela m’arriva, seule l'impression constante d’avoir perdu pied résonna au fond de moi comme un pouls régulier. Vous savez, ce sentiment que votre monde s’écroule, celui-là même que l’on rabâche dans tous ces films dramatiques, mélodrames larmoyants censés vous montrer à quel point la vie est cruelle. Des films faits par des gens qui justement n’ont pas connu cette souffrance. Parce que quand on la ressent, aucun mot, aucune image, ne peuvent la faire comprendre et encore moins la soulager. C’est peine perdue. Soit l’on se noie dans l'alcool ou l’on se shoote à coups de cachetons, soit on pleure à n’en plus finir, et seuls vos cris déchirants témoignent alors de votre douleur et font office de pansement, mais à quel prix dans ce cas. Car, lorsque l’on perd un être cher, encore plus quand c’est celle avec qui vous partagiez votre vie, plus rien ne vous retient. Et pas uniquement à la vie. À tout.

dimanche 31 juillet 2011

Space Cathédrale [DarkCowBoy]

      Je suis mort.
      Encore une fois, je suis mort. 
      C'est la première pensée qui me vient lorsque je m'éveille dans la cuve, comme à chaque fois. Mon passé, les détails m'échappent, comme un rêve nous échappe au réveil, et je les sens, comme lorsqu'on a un mot sur le bout de la langue, si proches, sans pouvoir m'en saisir. 

lundi 25 juillet 2011

Une crèche de Noël [Herr Mad Doktor]

        Une crèche de Noël
      (Il est nez le divin enfant)


1

Monsaigneur l’évêque Sassott était dans tous ses états : il lui manquait une “Vierge à l’Enfant” et un “Christ sur sa croix” pour la Traditionnelle Crèche Vivante de Noël. Or pour son humble paroisse il s’agissait de l’évènement de l’année, attirant un nombre record de fidèles... Impossible d’offrir une Crèche au rabais, sous peine de voir ses ouailles déserter la Cathédrale au profit de la Mosquée d’En Face. Avec leurs spectacles son & lumière explosifs (bim ! bam ! BOUM !), les Musulmans faisaient partie des chouchous du grand public. Poudre aux yeux ! se lamenta l’évêque. Aux déluges d’effets pyrotechniques, lui préférait l’authentique simplicité des saintes écritures, respectées à la lettre par de pieux interprètes. La voie du salut se trouve dans le dénuement, non dans le strass et les paillettes. Cela était bel et bon, mais ça ne lui donnait pas pour autant la solution à son épineux problème…

Sous d’augustes cieux [Gallinacé Ardent]

Sous d’augustes cieux est un lointain pays
Où jadis l’on fêta joyeusement la vie.
Une montagne ignoble hélas, a pris moult place :
Cathédrale de ce temps, gigantesque palace 
Délétère et infect, jusqu’à ce que vue se perde. 
Ses vitraux sont d’étron sec, ses briques sont de merde,
Mille gargouilles ont pour matière première
Une innombrable fèce, grouillante de vils vers.

vendredi 15 juillet 2011

"Tremble, dit-Il, fils digne de Moi" [Gallinacé Ardent]



    TREMBLE, DIT-IL, FILS DIGNE DE MOI

      ...Quant à moi, je ne puis faire preuve d’indulgence face aux esprits mauvais ; il n’est pas plus grand péché que de laisser son âme se corrompre dans la gesticulation du monde. 
      Abbé de Fontenay


      L’été était venu comme une claque. Jour après jour, la chaleur me peignait de sueur aigre, comme une seconde peau. Ca grattait. Les vêtements se collaient à l’épiderme comme des ventouses, et je devais me contorsionner plusieurs fois par jour pour changer de linge. Cette odeur aigre de sueur m’accompagnait partout.

Session 1 : Cathédrale(s)

Gothiques, lovecraftiennes, hantées, immergées, foudroyées, labyrinthiques, maudites... A priori, il y aurait de quoi faire!

A vos plumes (virtuelles)...